Syndicalisme policier et extrême-droite.

Ce billet n’a pas pour ambition de dénoncer ou de prouver quoi que ce soit. Il amène simplement, de par les « coïncidences », à se poser des questions sur les liens éventuels qui pourraient exister entre certains membres de la police et du Front National. Car si l’on suit la logique et la volonté de Marine Le Pen de lisser l’image de son parti – en affirmant régulièrement que ce dernier a été définitivement purgé de ses éléments les plus « extrémistes » – on ne peut que penser que les tentatives d’infiltrations du Front National dans les corps policiers et militaires doivent désormais se faire de façon très discrète…

 

La maréchaussée « couverte » par un ancien FN et MNR.
C’est un membre de la plateforme Antifa-net qui m’a soufflé l’info, à savoir qu’une mutuelle réservée à la police et une association pro-frontiste étaient domiciliées à la même adresse. Que trouve-t-on, donc, au 377 Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny à Bordeaux Caudéran ?

Le siège de plusieurs sociétés, toutes créées par la même personne, dont AFPT, Assurance de la Fonction Publique et Territoriale, proposant toutes sortes d’assurances au secteur répressif de la fonction publique. En effet, dès la page d’accueil, on est dans l’ambiance : « l’assureur des forces de sécurité » propose ses services à tout ce que le pays compte de policiers, gendarmes, douaniers et personnels pénitentiaires.

Jusqu’ici, rien de bien intrigant me direz-vous. Mais cette adresse est aussi le siège de l’association frontiste (ou pro-frontiste) Bordeaux Bleu Marine, créée en août 2008 et dont l’objet est d’« aider les personnes en difficulté tant financière que morale par la promotion des traditions, de la culture et de l’identité bordelaises et, de manière plus générale, françaises, notamment par l’organisation de conférences, spectacles, manifestations et autres activités culturelles ou non. » La liste des municipales menée par Jacques Colombier à Bordeaux portant le même nom, on est également en droit de se poser la question d’un lien possible entre cette association et la liste FN…

Deux mois après Bordeaux Bleu Marine était déclarée une autre association, dans l’Essonne ce coup-ci : Energie Bleu Marine, qui a elle pour objet la « défense de l’identité et de la nation française ainsi que le soutien à la candidature nationale à l’élection présidentielle de 2012. » Tout le monde aura compris, au nom de l’association, de quelle candidature il s’agit (indice : ce n’était pas celle de Philippe Poutou).

Pourquoi s’intéresser à ces deux associations (pro-frontistes pour ceux qui n’auraient pas compris) distantes de plus de 500 kilomètres ? Tout simplement parce qu’elle ont été déclarées par la même personne : Robert Ottaviani.

Robert chantonne-t-il encore "les cheveux crépus, le nez crochu, les doigts fourchus, les lèvres lippues" ?

Robert chantonne-t-il encore « les cheveux crépus, le nez crochu, les doigts fourchus, les lèvres lippues » comme au temps d’Ultime Assaut ?

Ottaviani est également le gérant de la société AFPT dont on parlait précédemment. Mais surtout, outre ses passages au FNJ et au MNR, Ottaviani est connu pour son passé lourd comme un panzer de la division SS Charlemagne. Et on aura beau chercher et fouiller, on ne trouvera trace de cette mutuelle corporatiste qu’auprès de deux organisations, un syndicat et une association européenne, toutes deux citées d’ailleurs comme seuls « partenaires » de l’AFPT.

 

Foncel est partout.
Lorsque l’on se penche plus avant sur le syndicat SNPM-FO et sur l’association Europolice Federation, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, on remarque illico que la même personne est à la tête des deux entités : Frédéric Foncel. Secrétaire général du syndicat auto-proclamé « majoritaire » de la police municipale, Foncel est également président d’honneur d’Europolice. A la tête du SNPM-FO (anciennement SNPM-CFTC que les « leaders » du syndicat ont quitté pour cause de représentativité inexistante ; représentativité qu’ils sont allés chercher chez FO, pourtant plutôt proche du PS), Foncel se bat pour que les municipaux soient eux aussi armés jusqu’aux dents (tasers, flingues et tout le tintouin) pour « pouvoir riposter ». Au passage, armer les policiers municipaux (et augmenter leurs effectifs) est un point du programme de Marine Le Pen. Et le syndicat policier de reprendre sur son site les propos de Robert Ménard (soutenu par le Front National).

Christian Estrosi et Frédéric Foncel, copains comme cochons. Alpes-Maritimes riprizinte !

Christian Estrosi et Frédéric Foncel, copains comme cochons.
Alpes-Maritimes riprizinte !

Foncel est dans la vie « civile » un fidèle de l’église niçoise de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. La FSSPX, à laquelle se rattache également nos intégristes locaux de l’église Saint-Eloi à Bordeaux, fut fondée par Monseigneur Lefebvre et est liée à l’extrême-droite depuis toujours. On se rappellera que c’est justement dans ses locaux niçois que la Fraternité cachait Paul Touvier à la fin des années 80, alors recherché pour crime contre l’humanité. C’est dans ce même prieuré Saint-Joseph que Frédo Foncel a choisi de faire communier ses enfants. Et comme on le voit sur cette page et ci-dessous, il met la main à la pâte.

Foncel, à gauche sur la photo, à droite toute dans la vie.

Foncel, à gauche sur la photo, à droite toute dans la vie.

De son côté Ottaviani (alias Robert Tavianito et Robert Dupont La Joie sur Facebook) semble partager, sur les réseaux sociaux notamment, et dans la vraie vie également, les mêmes préoccupations que son « ami » Frédéric Foncel. Et d’ailleurs leur « relation » ne date pas d’hier comme le notait en 2011 un vitrollais sur son blog : Peut-il exister une proximité entre des membres d’un syndicat de police municipale et le Front national ? Aujourd’hui, l’entente semble toujours bonne, le site internet du SNPM-FO proposant sur sa page d’accueil une pub et un lien direct vers celui de l’AFPT.
[le site de l’AFPT a été mis hors ligne quelques jours avant la rédaction et la publication de ce billet, m’empêchant toute capture d’écran, imprévoyant que je suis.]

Présentation de la SMP-AFPT par Robert Ottaviani à Montauban, lors du Tour de France des sections du SNPM, 2011.

Présentation à Montauban de la SMP-AFPT par Robert Ottaviani qui accompagnait donc
Frédéric Foncel lors du Tour de France des sections du SNPM en 2011.

 

Et donc ?
Comme indiqué en introduction, tout ce blabla ne permet pas de tirer la moindre conclusion concrète. Mais voir frayer un représentant syndical policier proche de l’UMP (tendance Droite Forte) et de l’extrême-droite catholique avec un très proche du FN fait se poser la question : quelles connexions existent aujourd’hui entre les corps policiers français et l’extrême-droite ? Et quelles connexions entre l’UMP et l’extrême-droite quand on voit à quel point Christian Estrosi (maire de Nice et vice-président de l’UMP) est toujours suivi par son petit chien Foncel ?

Patrice Lebail (SNPM) Christian Estrosi et Frédéric FOncel (SNPM) sur BFM le 5 janvier 2014.

de gauche à droite : Patrice Lebail (SNPM)
Christian Estrosi et Frédéric Foncel (SNPM)
sur BFM le 5 janvier 2014.

Et pour l’anecdote, on pourra également noter qu’un des fils de Frédéric Foncel, Bastien de son prénom, se présente cette année aux municipales de son village sous étiquette… Front National.

 

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FN : tentatives de syndicalisme.

Dans les années 90, c’est avec l’idée de créer « un front social sur le front du travail » que les deux Bruno du Front National, Gollnisch et Mégret, firent en sorte que le FN s’implante dans les milieux professionnels. Le premier syndicat créé fut bien évidemment le FNP (Front National Police) suivis par FN-RATP, FN-Pénitentiaire, ou FN-Poste. Tous ces syndicats furent invalidés en 1998 par à un arrêt de la Cour de cassation, ceux-ci pratiquant la « préférence nationale ».

Après avoir pratiqué l’entrisme syndical sans beaucoup de succès, Louis Aliot, vice-président du Front national, annonçait début 2011 la création du CNDTS (Cercle national de défense des travailleurs syndiqués) dont l’objectif était d’« informer et défendre les travailleurs frontistes, particulièrement les syndiqués » face aux centrales syndicales qui les « stigmatisent ». Sans nouvelle trois ans après, cela ressemble à un coup dans l’eau.

Mais le FN n’a sûrement pas abandonné l’idée d’être présent dans le monde du travail…

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  1. Robert Ottaviani se diversifie | Carnet De Bord

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