SOS Bourgeoisie

kilomètre zéro du vivre-ensemble (©Didier Tingaud)

Alors que le collectif de riverains du quartier Saint-Paul essaie maintenant de se dépatouiller des médias nationaux qui sont tous venus faire leur safari en province, nous découvrons une autre association qui ne fait pas non plus dans la dentelle.

Sous couvert de défense du patrimoine architectural et de réhabilitation de la place Gambetta, l’association SOS Gambetta se révèle un rien nauséabonde. Créée après l’association des commerçants de Gambetta, celle-ci « s’engage à travailler en collaboration étroite avec l’association Gambetta représentative des commerçants de la place. Les deux bureaux  confronteront leur stratégie au cours de réunions communes afin d’harmoniser leur position et renforcer leur influence et leur capacité de proposition. » Tiens, une fois encore des commerçants sont à l’origine d’un projet quelque peu limite si l’on cherche bien. Outre toute la dimension architecturale et l’organisation de l’espace, notre gentille association s’inquiète également sur son site du « lien social et de la qualité de vie » dans une page où ses membres regrettent que « les SDF s’installent dans le jardin central, d’autres espaces du Centre, comme Meriadeck – avec la disparition du square de la place des Commandos – ne leur convenant plus » et que « la police municipale nous paraît particulièrement absente, et ces comportements se pérennisent et s’amplifient » tout en en se plaignant que « la mixité [ait] disparu ». Drôle de vision de la mixité quand on souhaite se débarrasser de certaines catégories de la population d’une ville ou d’un quartier…

Mais quel est l’objectif de SOS Gambetta ? Il suffit de lire les statuts : « L’association a pour but de sauver la place Gambetta à Bordeaux de sa dégradation et de sa paupérisation actuelles en faisant pression sur les candidats aux élections, sur les élus, sur les cadres administratifs de la CUB et de la Mairie de Bordeaux pour obtenir un projet global de réhabilitation et être associée aux différentes étapes de sa programmation. » Si cela n’est pas assez clair, le président François Diard lâche le mot aux médias locaux : « nous avons encore du lobbying à faire. »

Il est intéressant du coup de se pencher sur le Conseil d’administration de ce groupe de pression déguisé en association :
François DIARD, Professeur de médecine à la retraite,  Président
Bernard SAINTOURENS, Professeur de Droit à l’Université de Bordeaux, Vice-Président
Marie-Béatrice ALVADO BRETTE, vétérinaire, Inspecteur en chef de Santé Publique, Trésorière
Christine DIARD, Maître de Conférences  à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux à la retraite, Secrétaire
Me Xavier ADENIS-LAMARRE, Notaire
Anne JOHNSTON, Architecte
Eric FOUCHER, Directeur d’une Entreprise de Bâtiment et de Travaux Publics
Danièle CAILLAU, Conseil en communication
Michel GARRIGUE, Commerçant et Président de « Asso Gambetta  » présent pour souligner la solidarité entre les 2 associations

Une belle équipe, certes, mais bien loin de celle du film de Julien Duvivier. On comprend mieux tout à coup quelle peut-être leur vision de la « mixité ». Une mixité faite de médecins, notaires, entrepreneurs et autres libéraux. Un quartier-ghetto habité par des riches et à leur seul usage, ne supportant pas de voir la « paupérisation », comme ils aiment à le dire, venir se vautrer sous leurs yeux précieux et leurs appartements spacieux. Et comme le dit l’une des commerçantes de la place : « Il y avait une bien meilleure fréquentation, c’était plus bourgeois, aujourd’hui c’est horrible ! Le matin, on nettoie les portes cochères, on trouve des excréments, du vomi, de tout ! Mais le pire, ce sont les bus et la paupérisation générale ».

Au final, beaucoup se diront qu’après tout cette association ne fait rien de mal. Certes, mais c’est une nouvelle illustration que les nantis de la ville, ceux qui ont le temps de se consacrer à autre chose qu’à leur subsistance, ont comme projet, même s’il n’est pas le principal, d’éliminer ceux qu’ils jugent gênants ; les petits, ceux qui ont été rejetés et attaqués par le système, ceux qui n’arrivent pas à suivre ou à s’adapter. Ces gens-là veulent une ville pour eux seuls où ceux qui font les frais de leur enrichissement personnel n’auraient plus droit de cité.
Bordeaux Bourgeois, non. Bordeaux Bordel, oui !