Rwanda : l’honneur de Juppé plus important qu’un million de morts.

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Alain Juppé sera-t-il rattrapé par son implication en tant que Ministre des affaires étrangères lors du génocide des tutsi au Rwanda en 1994 ? Peu probable vu la décision de l’Etat français de ne pas participer aux commémorations de ce massacre suite à un entretien que le président rwandais Paul Kagamé – qui n’a pas non plus les mains très propres – a donné à Jeune Afrique et dans lequel il dénonce et remet sur la table « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière dans son exécution même. »

La France, imbue d’elle-même, recroquevillée sur son patriotisme chauvin et se sentant inattaquable pour l’éternité avec pour seul argument d’être le berceau des droits de l’homme, ne reconnaîtra pas ses erreurs. Elle ne s’est d’ailleurs, au contraire de la communauté internationale en son entier, jamais excusée auprès du peuple rwandais. Pas plus que Juppé, modèle de fierté hautaine et méprisante, ne reconnaîtra quoi que ce soit. L’Etat a toujours raison, au point que ses représentants sont persuadés que c’est le cas pour chacun d’entre-eux.

Car outre « l’attaque » de Paul Kagamé, notre übermensch landais a récemment été le destinataire d’un lettre ouverte dans laquelle lui est demandé, arguments et preuves à l’appui, de faire amende honorable et de reconnaître son implication et celle de l’Etat français dans ces massacres.

Mais Juppé, comme à son habitude n’a que le mépris pour réponse. Selon lui, les rédacteurs de cette lettre ne l’auraient écrite que pour se faire mousser, désireux qu’ils seraient de faire partie de la récente « juppémania » (Juppé utilise lui-même ce mot dans son billet de blog ; il n’est plus à une boursouflure égocentrique près), ne se sentant plus d’avoir été récemment réélu à la mairie de Bordeaux avec 60% des suffrages au premier tour. Pour Juppé, le monde en son entier tourne autour de ses chevilles enflées et sous sa grosse tête dégarnie.

Quand on lui pose des questions argumentées, Juppé, au-dessus des hommes, ne répond pas. Il publie une note de blog dans laquelle il balaie les questions d’un revers de main et ne trouve rien d’autre à dire que « la France n’était pas seule » ou « je n’étais pas seul au gouvernement ». Comment peut-on oser se plaindre ainsi en public d’accusations étayées de preuves et se poser en victime quand un million de personnes ont été exterminés sous quasi-protection française ?

Et la conclusion de son billet sonne comme un appel à l’aide à François Hollande à sauver son honneur d’ancien ministre des affaires étrangères et de futur UMP présidentiable, plus qu’à sauver l’honneur de la France qui a déjà été perdu plus d’une fois au cours du XX° siècle. Cette conclusion associée à la vitesse à laquelle Juppé a répondu à ces deux « attaques » trahit comme une panique chez notre Alain habituellement si serein. Faut dire que là, on ne parle pas de quelques emplois fictifs, mais d’un million de morts bien réels. Donc, l’honneur de la France…

 

Lettre ouverte à Alain Juppé :

 

A lire également sur le sujet, les nombreux textes de Survie qui travaille sur le dossier depuis de nombreuses années :

Génocide des Tutsi au Rwanda, 20 documents pour comprendre le rôle de l’Etat français

Rwanda, boulet moral pour Juppé

Rwanda, le rapport qui énerve Juppé

Rwanda : les autorités françaises persistent et nient (7 avril 2014)

 

L’image illustrant ce billet est extraite du documentaire Tuez-les tous réalisé en 2004. Documentaire que je vous conseille, notamment toute la seconde partie où est développée l’implication française au Rwanda.

(remerciement particulier à @damnrv pour les nombreuses sources qu’il m’a conseillées)