Rassemblement contre la « Manif pour tous » à Bordeaux.

Ce dimanche 5 octobre 2014 a donc vu le retour en fanfare de la tristement célèbre Manif Pour Tous dans les villes de Paris et Bordeaux. Pour cette dernière, les manifestants ont été estimés à 7500 personnes. Ce qui est peu quand on sait que les roses et bleus défilant à Bordeaux venaient de tout le grand sud-ouest. Un flop.

En parallèle a été organisé un contre-rassemblement qui aurait rassemblé (selon France Bleu Gironde, seul média a en avoir parlé) pas loin de 500 personnes. Ce qui est beaucoup pour un événement dont l’appel a été diffusé deux ou trois jours avant.

Je ne comptais pas particulièrement parler de ce deuxième rassemblement, mais vu le silence des médias et après être tombé sur un compte-rendu dégueulasse et à charge contre les féministes et les antifas, je me suis décidé à « rétablir » quelque peu la vérité.

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Première bonne surprise : les rumeurs de la renaissance d’un collectif antifa sur Bordeaux se confirment. Il semblerait d’ailleurs (mais c’est à vérifier) qu’il soit à l’origine de cet appel à rassemblement.

De 14H à 15H on a pu effectivement compter entre 400 et 500 personnes rassemblées sur la place de la Victoire. Antifas donc, mais aussi groupes et orgas libertaires, féministes, LGBT et autres individus qui avaient souhaité marquer leur opposition à cette vague réactionnaire qui frappe le pays. Pour les politiques, seuls Mathieu Rouveyre (PS) et Philippe Poutou (NPA) étaient présents pour le plus grand bonheur des manifestants « républicains ». Heureusement la chorale d’Ovaires et Contre Tout était là pour assurer une ambiance un peu plus rentre-dedans.

Un peu après 15H un mot d’ordre circule parmi la foule pour prévenir du départ du rassemblement vers la rue Sainte-Catherine. Tout le monde ne suivra pas (toujours nos « républicains »…), la manif n’est pas déclarée et on sait plus ou moins à quoi s’attendre…

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Effectivement, les bleus nous dévient rapidement vers la rue du Mirail, direction la Grosse Cloche et l’église Saint-Eloi, fief des cathos intégristes bordelais. Sans trop de surprise un mur de CRS (ou de Gardes Mobiles, mais on s’en fout, au final on a face à nous des machines à taper) nous bloque avant le cours Victor Hugo pendant que d’autres qui nous collaient aux fesses font de même pour empêcher toute retraite. La désormais traditionnelle technique du parcage de manif est en place.

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Les manifestants seront « contenus » pendant près de trois heures pour n’être « libérés » qu’un peu après 18H, le cortège de la Manif Pour Tous ayant apparemment pris fin.

Malgré des tensions au début du blocage, aucune provocation n’est venue des manifestants malgré celles des CRS qui ont d’entrée enfilé leurs gants de cuir et mis en avant leurs gazeuses et les civils – toujours aussi discrets – qui passaient parmi nous pour tenter de repérer des « tendus ».

On notera que Philippe Poutou, coincé comme nous tous, est allé d’entrée négocier sa « libération » avec les flics. Notoriété oblige, ils l’ont laissé passer. Et le camarade révolutionnaire s’est barré en catimini, sans un regard vers nous. Le peu de sympathie que j’avais encore pour lui s’est évanoui à jamais. Traître politicard ! [à ce sujet, pour un éclairage sur ce qui s’est effectivement passé, merci de vous reporter à la toute fin de ce billet]

On peut remercier les locataires d’un appartement qui nous ont permis de remplir nos bouteilles d’eau et ont mis à disposition leurs toilettes pour que les femmes puissent pisser sans pour autant avoir à s’exhiber devant les porcs.

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Avant de nous libérer, manière sûrement de nous montrer qui était le chef, les casqués nous ont « déplacés » – ne manquaient que les chiens de berger – vers le fond de la rue du Mirail avant de nous laisser partir par petits groupes. Les applaudissements de certains manifestants ont fini d’achever mon humeur. On ne remercie pas les flics. Jamais.

Déclaration ou non de la manif, le déploiement de plusieurs compagnies de CRS pour gérer quelques centaines de personnes démontre bien pour qui roulent la préfecture et la mairie (voir à ce sujet les billets présents sur ce blog démontrant les liens de La Manif Pour Tous avec l’équipe municipale). Et pendant ce temps chez les « défenseurs de la famille » le conseiller municipal Edouard du Parc en profitait pour recruter pour l’UMP :

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Et voilà le genre de message complètement foutraque et dangereux qu’on pouvait lire dans les rangs de LMPT33 :

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Rectificatif : Je reproduis ci-dessous le mail que m’a envoyé Philippe Poutou et qui remet les choses à leurs places. J’ai rédigé ce compte-rendu dans la foulée des événements, encore empli de colère en sus d’une vision lointaine, et donc tronquée, de ce qui s’est réellement passé. Ne m’en veux pas trop camarade de t’avoir jugé trop hâtivement, et réserve-moi une bonne place au goulag.

Bonjour camarades
Ce petit mot pour voir s’il est possible que vous fassiez un commentaire (genre « rectification » ou « droit de réponse »)concernant évidemment le gentil passage me concernant.
J’ai eu la chance effectivement d’être au bon endroit au bon moment quand les flics ont décidé de mettre en place le dispositif d’enfermement. Pas seulement moi mais 4 ou 5 autre personnes dont ma compagne juste avant et sa fille ont pu passer là où le dispositif s’installait. Rien n’a été négocié. Je peux dire que les flics n’en ont rien à faire de ma pomme. Ils savent s’occuper de nous, nous pister, nous espionner, nous emmerder, nous réprimer.
Une fois passés à travers les mailles du filet, nous avons à 4 ou 5 appelé les autres manifestants pour qu’ils sortent car il y en avait encore la possibilité, il n’y avait que 4 flics en civil qui se sont énervés contre nous disant « maintenant que vous êtes là, taisez vous ». En suite en même pas 5 minutes il y a eu tout le reste de l’attirail (flics en civils, police nationale, CRS, camions …
Votre description des évènements est largement déformée et je trouve plutôt calomnieuse à mon égard.
Petite précision je ne suis en rien un politicard (problème de définition ?) je suis ouvrier à l’usine Ford et bizarrement « gazé » et enfermé par les gendarmes mobiles pendant au total plus de 2 heures à peine deux jours avant lors de notre manif au salon de l’auto à Paris, envahissant et occupant le stand Ford (c’était samedi 4 octobre, images sur le net).
Ma renommée ne m’a bizarrement préservé de rien ce jour-là.
Je ne demande pas que vous m’aimiez ni que nous soyons potes mais le respect minimum entre militants.
Autre précision, nous les « sortis » de justesse avons contacté les médias par téléphone et sms pour alerter, pour dénoncer (j’ai les preuves sur mon portables, si ça peut vous intéresser.
Vous pouvez mettre mon commentaire en ligne si vous le juger utile.
Chose importante : plutôt que de se traiter de manière insultante, sans doute faudrait-il mieux discuter de comment ne pas se faire enfermer par les flics, comment ne pas aller nous mêmes dans les pièges de la police. Besoin d’apprendre, de discuter de ces situations, collectivement.
Salutations aux camarades libertaires.
Philippe Poutou