Poil à Gratter met les pieds dans le négationnisme.

Sous prétexte de liberté d’expression, la version internet du journal bordelais Poil a Gratter vient de mettre en ligne le billet d’un contributeur que l’on peut aisément qualifier, si ce n’est d’antisémite – ne prenons pas de risque avec la diffamation possible – , tout au moins de complotiste. Que les choses soient claires : je suis également opposé aux condamnations à de la prison ferme, même pour mon pire ennemi. Mais jamais je n’irai diffuser pour autant des propos comme ceux cités dans la suite de ce billet pour défendre la liberté d’expression. J’aurais au contraire tendance à vouloir fermer sa grande bouche à ce petit nazi de Reynouard.

 

Le billet et son auteur
Ce billet qui prend la défense de Vincent Reynouard n’est qu’un prétexte pour défendre le négationnisme. Son auteur, Clément Cornette, approuve la thèse présentée dans une vidéo de Reynouard en ces mots :

« Elle [la vidéo] dénonce également l’impossibilité technique et historique des chambres à gaz homicides et industrielles allemandes telles que décrites par la propagande soviétique dès 1944″.

Ajoutant peu après :

« Le mensonge qui gravite autour des chambres à gaz homicides allemandes fait parti [sic] des verrous idéologiques qui permettent au libéralisme de perdurer et de nous asservir. »

Cette dernière phrase est l’élément clé du billet de Cornette qui, en affirmant ni plus ni moins que la shoah est une invention du libéralisme destiné à nous asservir, va pouvoir présenter Reynouard comme un « grain de sable » victime d’un manque de liberté d’expression dû à un supposé complot judéo-libéral. Il pousse son raisonnement plus avant en présentant Reynouard et Faurrisson comme des « obstacles » au libéralisme et en affirmant que « par l’étude rigoureuse de l’histoire et du contexte économique et social, l’on apprend des erreurs passées et l’on préserve l’avenir. » C’est grâce à cette « étude rigoureuse » que Reynouard « souhaite réhabiliter le national-socialisme pour ce qu’il a de réhabilitable ». Cornette en rajoute une couche en affirmant, après avoir avoir repris la citation de Reynouard « le bien commun est le premier de tous les biens particuliers », que :

« N’en déplaise à la bien-pensance actuelle, c’est cette idée maîtresse qui fît, en partie, la grandeur du Troisième Reich entre 1933 et 1938 alors que les autres nations s’enfonçaient dans la crise économique de 1929. »

Et concluant plus bas que « Reynouard n’est pas vraiment condamné pour outrage à la mémoire, mais bien car il est une menace objective et concrète à l’individualisme et au matérialisme prônés par nos sociétés actuelles. » Cornette le présente à la fois en victime et en résistant au « système libéral ». Doit-on rire ou pleurer de voir qualifié de « résistant » une personne qui défend le national-socialisme ?

Clément Cornette (alias Bif Teuk) est « intermittent-Rmiste » sur Poitiers et un tour, même très rapide, sur son profil Facebook suffit pour se rendre compte que la quenelle, c’est dans la cervelle qu’il se l’est enfoncée très profondément.

Clément Cornette sur Viadeo.

 

Le site internet et son directeur de publication
Les responsables du site Poil à Gratter, et notamment son « rédacteur de publication », l’inénarrable Sylvain Baron (militant au M’PEP, échappé de l’UPR), ont bien senti que ce billet puant risquait de leur attirer des problèmes. C’est ainsi que Baron a rédigé un avant-propos pour se dédouaner et dégager la responsabilité du site quant aux propos de Clément Cornette. Et des fois que la justice vienne traîner ses guêtres sur son site, il l’a même écrit en rouge :

Pour le « point de vue contraire », je conseille à Sylvain Baron et ses collègues de se pencher – un exemple parmi tant d’autres – sur le témoignage de Rudolf Höss, commandant des deux camps d’Auschwitz-Birkenau – romancé par la suite par Robert Merle dans La mort est mon métier. Et les innombrables films et photos réalisés par ceux qui ont libérés les camps me semblent des « preuves » amplement suffisantes.

Quant au fait de ne revendiquer « aucune affinité avec les positions politiques » de Reynouard, cela s’avère inutile puisque Baron avoue (inconsciemment ?) les partager en partie en affirmant :

Pour l’équipe de « Poil à Gratter ! » – et peut-être est ce dû à notre jeunesse – nous assumons ne pas savoir ce qu’il s’est réellement passé dans ces camps de concentration, car nous considérons que cette question est désormais un problème d’historiens, et certainement pas d’antisémitisme comme la bien-pensance aimerait à le faire croire.

En d’autres termes : « La shoah ? Mh… Ouais, on n’est pas sûr hein, on n’a pas vu les cadavres après tout. » Tout cela ne serait qu’un « problème d’historiens ». Six millions de juifs exterminés, ce n’est « certainement pas de l’antisémitisme ». L’équipe du site a-t-elle idée de la responsabilité – la sienne du coup – d’affirmer ce genre de chose ?

Le problème n’est pas la liberté d’expression, mais le fait de s’en servir pour diffuser des idées haineuses et réactionnaires. Poil à Gratter vient donc, en acceptant de diffuser cette ode au national-socialisme et à l’antisémitisme, de gravir un échelon sur l’échelle de la pourriture idéologique. Sa tentative (vaine) de s’en déresponsabiliser ne servira à rien.