Obéissez, consommez et souriez !

CamBxLes administrations savent tout de nous : notre lieu de naissance, nos parents et/ou enfants, notre parcours scolaire et professionnel, nos revenus, nos maladies, nos fautes, etc. Sous prétexte de faciliter nos démarches et notre quotidien, nous sommes fichés, classés, catégorisés et rappelés à l’ordre, voire punis, lorsque l’on refuse ou oublie de renvoyer tel ou tel renseignement.

Il existe toutefois un endroit où l’on peut disparaître, anonyme parmi les anonymes : l’espace public. Mais depuis quelques années, les municipalités et tout ce qui peut se rattacher au Ministère de l’Intérieur ont décidé que cette petite liberté était de trop. D’où l’apparition et la multiplication de caméras de vidéosurveillance. Par un habile glissement de langage et face aux nombreuses critiques de cette nouvelle « privation » de liberté, l’œil qui nous observe appelle désormais cela de la vidéoprotection. Ce mot protection dans leurs bouches, et déjà appliqué à tout ce qui est considéré comme les forces de l’ordre qui nous tazent, nous flash-ballent, nous matraquent, est bien évidemment synonyme de répression.

Après la multiplication des écrans dans l’espace public, voilà donc la multiplication des caméras de surveillance : tout le long des quais, sur toutes les places, dans des lieux soi-disant sensibles, dans les magasins, et parfois même sur le lieu de travail. Une chose nous inquiète : les recherches menées en parallèle sur la reconnaissance faciale. En effet, il est bien probable que d’ici quelques années, si ce n’est pas déjà le cas, un simple zoom sur un visage pris au hasard dans la rue, permettra de faire ressortir tout ce qui le concerne : de son état civil jusqu’à son éventuel casier judiciaire. Un peu comme si l’on se promenait avec la liste de toutes ses « fautes » épinglée sur le front ; une sorte de pedigree social…

CarteBx

C’est avec comme projet de créer « une cartographie participative, collaborative et accessible au plus grand nombre » qui « permet de rendre visible la prolifération des caméras tout en collectant un maximum d’informations les concernant » qu’a été lancé il y a un bon moment sur Lyon le site Sous Surveillance. Le concept a rapidement été élargi à de nombreuses villes, et arrive enfin à Bordeaux. Si ici le nombre de caméras est faible comparé à beaucoup d’autres villes, la municipalité semble toutefois se réveiller depuis quelques années, atteinte également du virus de la vidéoprotection, reprenant le discours hypocrite du « surveiller pour protéger ». Les débuts de bordeaux.sous-surveillance.net sont timides et les contributeurs semblent peu nombreux. Osons espérer que certains bordelais, fatigués d’être ainsi épiés, mettront la main à la pâte…

Dans le même ordre d’idée de la confiscation de l’espace public, voir aussi le tumblr Marche Ou Crève qui, lui, recense tout ce que l’ingéniosité des pouvoirs publics arrive à imaginer pour éviter que la misère ne s’exhibe à ses yeux.
Et également, « l’ancêtre » de Bordeaux sous-surveillance, la rubrique « caméras » du blog du CLAP33.