La bourgeoisie libertaire et le féminisme.

Ajout du 28/12/2014 : J’ai appris hier que le dénommé Escudero n’est pas un vieil universitaire, mais un jeune et très actif militant toto grenoblois. Cela ne change rien à l’attitude impardonnable des pseudo-camarades qui ont préféré soutenir un ami à eux – qui a su apparemment gagner ses étoiles de militantisme – plutôt que de reconnaître que ses propos étaient condamnables. Voilà à quoi mène le militantisme et la solidarité affinitaires : la perte de toute ligne et de toute cohérence politique. Maintenant, libre à chacun de choisir entre la lutte des classes et la protection des copains, tout aussi salauds soient-ils. Mais dans ce dernier cas, merci de vous abstenir de nous sortir de grands principes politiques à tout bout de champ.


Voilà plusieurs mois maintenant que j’ai découvert pour la première fois le nom et les propos du dénommé Alexis Escudero. Je me fiche royalement de savoir qui se cache sous ce pseudonyme ; je n’ai que mépris pour lui. Ce qui m’inquiète et me révolte, sont l’attitude et les propos dégueulasses que tiennent des militants libertaires ou d’extrême-gauche à l’encontre d’autres militantes féministes et LGBT qui ont, les premières, démonté le discours réactionnaire que porte Escudero et que des médias militants se font pourtant un plaisir de relayer.

Pour rappel et en préambule, je vous invite à aller lire attentivement ce billet paru sur La Soupe à l’Herbe qui a fait un gros travail d’archivages des propos et billets argumentés sur le cas Escudero.

 

 

La PMA, je dois bien l’avouer, je n’ai pas vraiment d’avis tranché sur le sujet. Pour ou contre ? Je dois admettre que je n’ai pas encore pris le temps de bien y réfléchir. Mais une chose est sûre : jamais il ne me viendrait à l’idée de réserver un progrès technologique et/ou médical (qu’il soit « bon » ou « mauvais ») à une catégorie particulière de la population au détriment des autres.

 

La PMA, prétexte à la stigmatisation des LGBT.
« Il faut débattre ! » nous crient les défenseurs d’Escudero. Certes, mais pourquoi justement maintenant, en 2014, alors que la procréation médicalement assistée existe depuis des dizaines d’années sans jamais que les milieux libertaires n’aient ressenti à ce point le besoin d’en débattre ? Je trouve personnellement étonnant cet empressement soudain à critiquer la PMA, juste au moment où il a été mis sur le tapis d’accorder ce droit aux couples non-hétérosexuels. Les premières fécondations in vitro datent de la fin des années 70 (1982 en France), et ce n’est qu’en 2014 que, tout à coup, le milieu libertaire ressent le besoin incontournable d’en parler… Que peut-on voir d’autre, dans cette peur soudaine de la PMA, que la crainte pour certains de voir le modèle traditionnel de la famille remis en cause ? Qu’y voir d’autre que la crainte de ces messieurs de se voir confisquer leur rôle « naturel » – pour ne pas dire divin, mais on n’en est pas loin… – de fécondateurs exclusifs ?

S’opposer à la PMA dans le contexte actuel, c’est s’opposer, consciemment ou non, à la PMA pour les couples non-hétéros. Est-ce un hasard si Escudero utilise le même vocabulaire que La Manif Pour Tous en faisant lui aussi appel à la « tradition » et au « naturel » ? Ce serait bien de déjà se poser cette simple question.

La critique des technologies et des dérives possibles de la médecine a toujours eu sa place dans les milieux libertaires, mais pas avec des gens qui colportent des idées réactionnaires. Car c’est là qu’est vraiment le problème : qu’un type aux thèses sexistes, homophobes, lesbophobes et transphobes trouve un appui chez les libertaires.

 

L’action directe pour tous.

Ce positionnement d’Escudero, beaucoup l’ont dénoncé, des femmes essentiellement (voir le lien en début de ce billet). Il leur a été répondu qu’il était « malveillant de troller des camarades »… Voilà donc la façon dont est perçue la critique féministe chez certains militants : du trollage. Ces mêmes féministes sont donc allées chercher plus avant : elles ont lu le livre d’Escudero, attentivement, démontrant à l’aide d’extraits et de contre-arguments en quoi son discours était réactionnaire. Mais l’effet fut le même : ignorance et déni avec une grosse louche de bienveillance patriarcale.

Ces mêmes féministes ont donc, pour se faire entendre, utilisé un moyen qui, jusqu’ici n’avait jamais été remis en cause puisqu’il s’agit d’un outil essentiel des luttes anarchistes : l’action directe. Elles sont intervenues au salon du livre libertaire, afin d’informer sur qui était Escudero et quelles étaient les thèses qu’il défendait, et afin de faire en sorte que sa conférence ne se tienne pas. Car en effet, ce personnage n’a rien à faire dans nos milieux. Ce n’est pas une histoire de « liberté d’expression » (voir à ce sujet le nombre d’articles dont il a pu bénéficier sur les médias mainstream) mais de cohérence politique.

C’est quoi qui vous fait mal ? Que ce soit des femmes qui vous aient mis le nez dans votre caca viriliste ? Car depuis, cette intervention tout ce qu’il y a de plus « naturel » dans les pratiques libertaires, a été taxée de « fasciste » et de « stalinienne », les pauvres petits soldats du patriarcat libertaire essayant de se faire passer pour les victimes quand ce sont eux qui colportent des idées sexistes et homophobes sous prétexte de débat. Vous rendez-vous compte, messieurs, que votre défense est la même que des gens comme Chouard ou Asselineau que vous n’avez cessé pourtant de dénoncer ?

 

A bas la hiérarchie, même et surtout celles des luttes.

Le militantisme à deux vitesses qui, sous prétexte de sacralisation de la lutte des classes, se désintéresse de luttes liées à celle des classes comme l’antiracisme ou le féminisme, est une plaie et un danger. Laisser des personnes et des thèses masculinistes – et je ne parlerais pas des références que fait Escudero au confusionniste Michéa… – intégrer les débats libertaires est tout aussi grave que d’accepter des personnes et des thèses racistes, libérales, patriotes, souverainistes ou que sais-je encore ; des idées qui n’ont rien à faire chez nous ! Si l’on ne débat pas avec des patrons, des racistes ou des nationalistes, pourquoi un réactionnaire comme Escudero est-il accepté, invité et défendu par des cercles libertaires ?

N’oublions pas que les « victimes » sont ici les femmes et les militants LGBT, et non un universitaire obscur qui s’exprime au nom de toutes et tous, en accaparant et en volant leur parole. L’oppresseur à dézinguer, c’est lui. C’est lui qui parle et que vous écoutez. C’est lui qui a eu accès à de longues études. C’est lui qui a apparemment une bonne situation professionnelle. Qu’on en vienne à défendre ce bourgeois réactionnaire à coup de « lutte des classes » face à des personnes qui vivent plus encore que les hommes les oppressions et la précarité au quotidien, je trouve ça vulgaire. Ne pas écouter des personnes, les considérer de manière méprisante et infantilisante pour ensuite les accuser de violence, je trouve ça bas et dégueulasse. C’est un comportement digne de ceux que l’on combat.

Les classes ne se réduisent pas au rapport patron/salarié ; il y en a plein d’autres, comme le rapport blancs/racisés, homme/femme, etc., et qui interagissent entre eux. Va falloir vous mettre à la page les gars. Prendre le temps d’écouter les premières et les premiers concernés par ces types d’oppressions plutôt qu’auprès d’universitaires uniquement.

Si vous ne faites même pas ce simple effort, vous pourrez bien tous crever dans votre réserve dorée de dinosaures obscurantistes.

Quant à cette pétition (Pour demander quoi ? Pour envoyer à qui ?) qui circule depuis peu, j’espère que ceux qui l’ont lancée ainsi que les signataires se rendent compte à quel point ils se ridiculisent… Tant qu’à faire, pourquoi pas une une attaque en diffamation ou une plainte pour coups et blessures ?

Ils sont beaux tiens, les libertaires…